Quatre ans après le déclenchement des hostilités, il est utile de faire le point sur une situation qui concerne de près l'avenir de l'agriculture biologique française, tout comme la sérénité des jardiniers. Peut-on aujourd'hui fabriquer et vendre du purin d'ortie en France ?
Malgré les prétentions de Jean-Louis Borloo et de Chantal Jouhanno à réduire de 50% la quantité de pesticides utilisés par les français d'ici 2018, tout est fait pour barrer la route aux préparations à base de plantes (PNPP) seules alternatives crédibles à l'industrie chimique. Le problème, c'est justement la puissance économique de cette dernière. Songez que, avec plus de 100 000 salariés, la France occupe la première place européenne et la troisième place mondiale en terme d'exportation pharmaceutique. Et, comme gouverner c'est faire des choix, on a décidé de sacrifier délibéremment un pan de notre économie - l'Agriculture Biologique - ainsi que la santé des jeunes générations, en pensant ainsi préserver quelques années de plus le fleuron de notre économie.
Malgré la réglementation européenne, et le vote des lois Grenelle I et Grenelle II, clairement en faveur d'un assouplissement de la législation concernant les préparations naturelles à base de plantes, la France persiste à considérer celles-ci comme des produits phyto-pharmaceutiques nécessitant une autorisation de mise sur le marché par l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments).
Comme le purin d'ortie, fabriqué artisanalement, ne peut obtenir ces autorisations coûteuses et contraignantes, sa commercialisation est donc interdite dans l'hexagone. Or, le marché français des produits biologiques est en pleine croissance. Nous sommes donc contraints d'importer ces produits alimentaires bio de pays qui, eux, autorisent les préparations naturelles à base de plantes. On connait la situation catastrophique des arboriculteurs français face à la concurrence déloyale des exploitants espagnols qui emploient de la main d'oeuvre clandestine. Il en va de même avec l'agriculture biologique. La France, qui fut pionnière dans ce domaine, est actuellement largement à la traine des autres pays européens. Il y a un manque flagrant d'harmonisation : on autorise à certains ce que l'on interdit à d'autres. Le résultat, c'est qu'en voulant préserver notre industrie pharmaceutique, on torpille les agriculteurs bio.
Il semblerait que l'Etat français compte plus sur ses ventes d'armes que sur son agriculture biologique pour redresser sa balance commerciale.

L'objet du délit : bidon de purin d'ortie
(acheté avant le changement de réglementation)
Quant aux "jardiniers du dimanche", ils ne risquent pas grand chose pour le moment, l'utilisation du purin d'ortie étant tolérée en ce qui les concerne. Mais l'interdiction demeure comme une épée de Damoclès. Elle ne se limite d'ailleurs pas à l'ortie, la prêle, la consoude et la fougère. L'huile de Neem, la plante médicinale la plus importante de la pharmacopée de l'Inde, est interdite en France, alors qu'elle rend des services inestimables en agriculture.
Au sujet de l'influence pernicieuse de l'industrie chimique dans le domaine agricole, je vous recommande de voir la bande-annonce choc du nouveau film de Coline Serreau Solutions locales pour un désordre global (sortie le 7 avril 2010) link et d'acheter le DVD à sa sortie prochaine. Il devrait être disponible dans le réseau BioCoop, qui est partenaire du film.
P.S. Voir les nouveaux développements de la "guerre de l'ortie" dans l'article suivant :