Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 18:23

 

Anny Schneider est une herboriste québécoise d'origine alsacienne, qui s'est forgée une certaine réputation dans son pays d'adoption. Elle est l'auteure de 4 livres à succès et revendique 30 ans d'expérience dans la pratique des plantes médicinales.


Elle a écrit ce poème sur l'ortie :


 

Paroles d’ortie

 

L’ortie, mon amie, m’a dit tout ceci :

« Que je vienne d’Europe ou d’Amérique,

Brûlante, dioïque, des bois, laportée, gracile ou urticante,

Que je chatouille à peine ou que je brûle franchement,

Dans mon essence, je suis presque toujours la même,

Bénéfique pour la plupart des animaux à sang chaud.

Plusieurs d’ailleurs, aiment me dévorer toute crue,

C’est pour ça qu’assez vite je me suis pourvue

De fines aiguilles gonflées d’histamine, d’acides formique et gallique,

Pour survivre au passage, à l’appétit des herbivores les plus stupides.

 

Les derniers arrivés dans l’évolution, et les plus finauds

Que sont les primates à deux pattes, parce qu’ils parlent eux, et se sont donné le mot,

Car depuis des siècles, ils se sont transmis les secrets de mes utilités.

Les plus intelligent (e) s, bien sûr, ont même appris à me reproduire

Dans leurs espaces et dès le printemps,

Ils m’apprêtent comme il faut pour regéner leur sang

Avec mes plus tendres pousses vertes, celles des extrémités.

Un peu plus tard l’été, quand minéraux et cristaux saturent mes canaux,

Ils savent me préparer en bouillon bien dosé, pour nettoyer leurs rognons encombrés

Et surtout, à leurs mâles fatigués, restituer leur vigueur et virilité et les rendre plus actifs.

Plus tard, mes fleurs et graines surtout, produisent de bons gras essentiels et une farine nutritive,

Qui nourrissent les glandes autant que les cheveux, des hommes comme des chevaux.

 

Les femmes avisées de jadis, savaient tisser des étoffes résistantes de mes fibres cardées

Et Milarepa le sage du Tibet, pour qui j’étais parfois l’unique aliment,

Brillait, grâce à moi, d’un  beau hâle vert phosphorescent.

Même Le grand Victor Hugo dans ses Misérables m’a célébré pour mes moult utilités !

 

Moi l’ortie, une autre de ces plantes pensantes, plus précise parfois qu’un ordi,

Je repère et cible précisément ce qui, d’urgence vraiment, doit être évacué prestement.

Avec les reins et leurs chutes comme émonctoires privilégiés

Je rétablis aussi, quand c’est demandé, par ma sagesse moléculaire intrinsèque,

Jusqu’aux principaux sièges régénérateurs des globules rougeoyants,

Rate, foie et surrénales qu’on appelle aussi les mères du sang.

 

Justement, comme une maman bienveillante je suis, moi la bonne vieille ortie,

Houspillant au passage la chair en surface, je fais ainsi dériver le sang

Du foyer douloureux pour faire diversion salutaire,

Ramenant chaleur et force, là où il le faut,

En renforçant les rognons, la ceinture et ce qui la sous-tend

Et en restituant son feu au sang,

Je suscite ardeur et courage, et parfois même, je sers à agrandir une famille au bon moment,

Sinon par mes effets alcalinisants, à purifier celui des ados et aînés fatigués.

 

À vous qui contribuez à me protéger, à me reproduire et à me célébrer,

Du fumier des ruminants à la vigilance du jardinier qui m’aura amendé,

Si vous savez me cueillir, me préparer et me prendre adéquatement,

Je saurais vous remercier, bien autrement que superficiellement,

Finalement,  en douceur, en force et en profondeur,

Par-delà mes aiguillons acérés, parole d’ortie, promis, juré ! »

 

Anny Schneider,

Auteure et herboriste, Shefford, Québec Canada

 


Annyortiestjo.JPG

 

Partager cet article

Repost 0
Published by ISISRET - dans Culture
commenter cet article

commentaires

Marc Wiesmann 11/07/2015 19:49

texte refrain des feuilles qui piquent

rêve animé de l'ortie tu dors sons dents vertes et tu pries
tu piques aux genoux le ciel à l'aurore ils enflent et rougissent

nous nous réveillons à l'arthrite un sable étroit triture la marche
mais jouez donc dans les orties réchauffez soupes pour ordalies

car le curé n'en fit guère moins mariant pain et vin hostiles
à la joie des mortels au lit que couve un linceul poli

culmine l'ortie à notre passage en nos ménages deux oreillers
moquette sans bruit pour petite fille pouffant de rire l'après-midi

ortie sonore chante fort nos peines pas question de pisser au lit
car le Styx ne passe pas sans prix l'obole au nocher doit sourire

Marc-André Wiesmann 12 Juillet 2015

Marc Wiesmann 11/07/2015 19:43

texte refrain des feuilles qui piquent

rêve animé de l'ortie
tu dors sons dents vertes et tu pries
tu piques aux genoux le ciel
à l'aurore ils enflent et rougissent

nous nous réveillons à l'arthrite
un sable étroit triture la marche
mais jouez donc dans les orties
réchauffez soupes pour ordalies

car le curé n'en fit guère moins
mariant pain et vin hostiles
à la joie des mortels au lit
que couve un linceul poli

culmine l'ortie à notre passage
en nos ménages deux oreillers
moquette sans bruit pour petite fille
pouffant de rire l'après-midi

ortie sonore chante fort nos peines
pas question de pisser au lit
car le Styx ne passe pas sans prix
l'obole au nocher doit sourire

Marc-André Wiesmann 12 Juillet 2015

BEAUDEQUIN 29/04/2013 13:43

Une plante extraordinaire!

BEAUDEQUIN 29/04/2013 13:42

Bel hommage à une plante tellement décriée.

patybio 07/04/2010 09:53



Bonjour,


Super ...Je suis aussi intéressée par les orties et leur pouvoirs!


Au plaisir


Patybio



Présentation

  • : URTICAMANIA
  • URTICAMANIA
  • : LES VERTUS DE L'ORTIE Tribune libre concernant l'ortie sous tous ses aspects : histoire, environnement, alimentation, santé, informations pratiques...
  • Contact