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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 22:30

 

Ortieannybis

Anny Schneider est une herboriste québécoise. Elle a publié un dossier sur l'ortie dans le numéro de juin 2010 du magazine Vitalité Québec. Avec son autorisation, nous le reproduisons ici intégralement.

 


 

Portrait de l’Ortie dioïque, la mal-aimée méconnue

 

Qui est Urtica dioïca?   

Célébrité issue d’une grande famille d’une trentaine de variétés, présente dans le monde entier mais plus concentrée en Europe. Sa cousine indigène d’ici est l’ortie du Canada Laportea canadensis. Elle  fut  malheureusement peu étudiée.

 

Le terme « dioïque » signifie  qu’il y a des plants mâles et des plants femelles séparés et qu’il faut évidemment des plants de chaque sexe pour assurer la reproduction à long terme. Par contre, ses  les racines vivaces peuvent vivre quelques années avant de s’épuiser et produisent des rejets de souches. Au Québec, l’ortie dioïque est naturalisée, ses graines sans doute mêlées aux semences céréalières par les colons ou délibérément, par des herboristes connaissant ses vertus.


 

Historique 

Le mot « ortie »  dérive du latin  urere, qui signifie brûler. L’anglais nettel vient de needle : aiguille. En allemand, Brennessel signifie : aiguille brûlante.

Les troupes  romaines ajoutaient ses  tiges fructifères aux ragoûts pour ses vertus nutritives et s’en fouettaient le corps  pour se réchauffer lors de leurs campagnes en pays nordiques. Quand ils revenaient dans leurs foyers, ils l’utilisaient en frictions des reins en du bas-ventre pour stimuler  leur virilité et mieux contenter leurs épouses! L’herboriste anglais John Gerard la qualifiait de contrepoison efficace contre toutes sortes d’empoisonnements du sang.

L’ortie a une aura magique et on l’utilisait avant les batailles pour bénir les épées et terrasser les démons personnifiés par les ennemis, mais aussi pour affûter les faucilles et s’attirer des récoltes abondantes.

Les Éclectiques américains la recommandaient en tisane contre nombre d’affections des reins et de la vessie, et son jus pur contre les maladies de peau.

Victor Hugo dans ses Misérables a écrit ceci : « Si seulement la population connaissait ses multiples usages : jeune, l’ortie constitue un excellent légume nourrissant, adultes, ses tiges offrent des fibres qui donnent une étoffe très résistante. Chez les animaux, elle fait pondre les poules, rend les vaches plus fertiles et fait briller le poil des chevaux. Décidément, l ‘ortie offre beaucoup pour le peu qu’elle demande! ».

 

La plupart des herboristes occidentaux la révèrent et l’utilisent. La Guilde des herboristes l’a même couronnée  plante de l’année 2009 !


   

Habitat 

Au sud du St-Laurent, en colonies survivantes dans des sols meubles et  riches en azote, près des composts et fumiers, en marge des potagers, près des étables et fossés bien drainés, évidemment non tondus!

 

   

Description 

Plante vivace haute de 50 à 150 cm dans les meilleures conditions, pourvue d’une tige centrale solide faite de longues fibres imbriquées. Celle-ci arbore de grandes feuilles opposées vert foncé et dentelées  à longs pétioles garnis de minuscules poils translucides très effilés et urticants (!), du à un combiné d’acide formique et de carbonate d’ammonium. Ses fleurs femelles sont jaune verdâtre, disposées en grappe, comme ses graines uniques, des akènes vert argenté, collés en épillets denses fixés à l’aisselle des folioles.


   

Composition chimique 

Acide formique et gallique, chlorophylle, flavonoïdes, vitamines A, B, C, calcium, fer, potassium, silice, soufre, bore, fibres, mucilages et protéines, acétylcholine, histamine et sérotonine. Aussi, sa teneur en anti-oxydants (indice ORAC) est supérieure à celle du piment rouge! Bref, c’est une des plantes sauvages des plus complète et nutritive qui soit, à prendre avec des gants peut-être, mais aussi à disséminer largement !

 

Précautions et préceptes de cueillette  de l’ortie

Avant de récolter l’ortie, habillez-vous de manches longues et de bons gants, cueillez uniquement les pousses terminales et avec un sécateur ; et surtout en milieu sauvage, contentez-vous d’une tige sur dix, car la saison est longue et les herbivores sauvages ont eux aussi droit à leur part.

Si la terre est très riche et l’été chaud et humide, vous pourriez même bénéficier de deux, voire de trois récoltes, mais comme toutes les plantes nutritives, la première pousse est la plus riche en principes actifs.

Par contre, plus tard dans l’été, le taux de minéraux augmente sensiblement et les fibres des tiges se lignifient.

Les acides gras essentiels sont concentrés dans les graines des plants femelles et en automne, c’est dans les racines que se trouvent les facteurs régulateurs pro-hormonaux, d’où leur efficacité pour les problèmes du système reproducteur masculin.

Contre les démangeaisons des enfants imprudents, appliquez des feuilles de plantain ou de patience broyées, ou simplement mâchées par maman ou grand-maman!

 

 

Multiples préparations ortisanales 

La plupart de ses principes actifs étant hydrosolubles, on peut la préparer en bouillon, décoction, gelée, tisane ou encore, en teinture-mère.

 

Cuisinée à toutes les sauces…

Son utilisation en cuisine est surtout réservée aux toutes jeunes pousses printanières et aux feuilles très tendres, car déjà au mois de juin (dans le sud du Québec du moins), elle devient irritante pour la gorge, même en simple potage passé au mélangeur. Lors d’un de mes tous premiers ateliers printaniers sur les plantes alimentaires, il y a plus de 25 ans, je me souviens qu’on a toussé en chœur, moi et les grands chefs de l’Estrie qui y étaient. Même la crème ne suffisait pas à tamponner les micros cristaux qui se collaient au pharynx. Bref, dans l’assiette, il faut vraiment se  limiter aux toutes jeunes feuilles terminales, qu’on peut pincer, un peu comme le basilic et ainsi stimuler la repousse.

Les jeunes pousses d’ortie s’ajoutent aussi aux bouillis de toutes sortes, aux sautés, aux gratins et omelettes, aux crêpes et pourquoi pas aux muffins?

Néanmoins, n’importe quand dans l’été, on peut en faire une décoction, ou la mélanger à d’autres légumes (céleri-rave, navet, poireau), comme les Chinois même le matin, en boire simplement en bouillon alcalinisant, bonifié par un pois de miso ajouté en fin de cuisson.

 

Bien infusée…

Une méthode simple est de prendre la plante fraîchement cueillie, de mettre dans l’eau froide l’équivalent de trois à quatre feuilles par tasse, d’amener à ébullition, de couper le feu, couvrir et infuser de cinq à dix minutes.

Pour un traitement soutenu, en boire de 3 à 4 tasses par jour, entre les repas, en cure soutenue de deux  à trois semaines surtout en cas de problèmes chroniques. On cueille les feuilles, partie la plus couramment utilisée, selon les règles habituelles : avant la floraison une journée ensoleillée après que la rosée a  séché. On l’étale à plat sur un treillis propre dans un endroit bien ventilé, ou encore on suspend la plante en bouquets peu denses sur une corde.  S’il y a des insectes dans les parages, il est sage de placer les bouquets dans des sacs en papier  brun, de plus cela permettra de recueillir les feuilles sèches tombées au séchage. Si on la taille régulièrement on peut la cueillir pour des infusions durant tout l’été et en faire des provisions pour le long hiver.

 

En teinture-mère 

Faite avec de l’alcool, un bon vin blanc sec ou du vinaigre de cidre (de pommes bio évidemment), je préconise le vinaigre qui dissout le mieux les minéraux sans trop altérer les flavonoïdes. Le plus tôt possible, après la cueillette des folioles, on les broie au mortier ou au mélangeur et on y ajoute le double de vinaigre coulé dans un pot de verre, avec un couvercle de plastique alimentaire (dans toutes les quincailleries). On entrepose à l’abri de la lumière, on brasse délicatement les premiers jours pour éviter que les plantes ne s’oxydent et on filtre au bout d’un mois avec une bonne passoire ou gaze fine facile à presser. On étiquette et on consomme au compte-goutte, à raison d’une goutte par année d’âge, en doses fractionnées en deux ou trois prises, posologie  simple qui  constitue un bon mémo, pour l’ortie du moins!

 

En fine poudre

L’intérêt principal de la poudre est qu’elle agit vite. Que ce soit en saupoudrage direct sur une plaie hémorragique mineure, elle arrête rapidement l’écoulement de sang. Ajoutée à de l'argile comme tampon, elle est utile contre l’herbe à puce ou l’impétigo par exemple. Inconvénient : perte de vitamines et de flavonoïdes au séchage.

 

En capsules ou en comprimés

Selon les compagnies et les indications, l’ortie se vend en gélules, capsules ou comprimés, rarement seule mais le plus souvent combinée dans des mélanges soit aphrodisiaques soit anti-prostatites. On la retrouve dans des complexes  reminéralisants, que ce soit pour les os, la chute des cheveux ou encore les problèmes arthritiques, rénaux ou dermatologiques.


 

Principales indications thérapeutiques

 

Allergies, rhinite 

Grâce sa haute teneur en minéraux, elle basifie le sang et la lymphe  et, grâce à sa judicieuse combinaison de pro-neurotransmetteurs, peut moduler une immunité hyper réactive.

 

Anémie

Avec sa belle synergie de chlorophylle, de fer et de  vitamine C, une cure d’ortie, surtout fraîchement cueillie, peut contribuer à remonter le taux d’hémoglobine et même de fer sérique.

 

Fatigue

Souvent associée à la basse pression et l’anémie, la pauvreté du sang induit souvent une grande fatigue. L’ortie active également la circulation périphérique, y compris au cerveau.

 

Eczéma, psoriasis

Dépurative du sang, elle aide à assainir autant la lymphe que le sang en diminuant l’acidité tout en régulant les facteurs inflammatoires. Avec des alliées sûres comme la paille d’avoine fleurie  et le trèfle rouge par exemple, elle complète bien un traitement assainissant de la peau.

 

Arthrite, goutte, urémie

 Diurétique, dissolvante de l’acide urique et autres calcifications pathologiques, elle fluidifie les liquides organiques et aide les reins à mieux remplir leurs offices si décisifs. Elle facilite également la réparation des fractures et aide la croissance osseuse, y compris chez les enfants.

 

Pellicules

Son taux élevé de soufre organique explique son action de contact contre l’hyperséborrhée, les micros-fungus du cuir chevelu et les pellicules.

En usage interne, on l’emploie en cures d’infusion ou décoction de plante fraîche. On peut aussi s’en frictionner le cuir chevelu matin au soir, pour fortifier la santé et stimuler la repousse des cheveux.

 

Prostatite

De récentes recherches germaniques et japonaises ont prouvé que sa racine est particulièrement efficace contre la prostatite. Elle inhibe même les anticorps PSA, diminue les mictions fréquentes et de plus, elle augmente le taux de testostérone. Par contre, il ne faut pas conjuguer l’ortie à une chimiothérapie  ciblée sur la prostate.

 

Autres interactions possibles

 L’ortie est déconseillée en même temps que les traitements aux immunosuppresseurs du genre anti-mitotiques, cortisone et-ou l’interféron dont elle inhiberait les effets. Il existe de très rares cas d’allergies chez les hypersensibles à l’acide formique et aux produits de l’abeille.

Déconseillée en début de grossesse à cause de ses effets possiblement  emménagogues, mais recommandée en mini doses avant l’accouchement et durant la lactation.


 

Autres usages 

 

Un tissu résistant 

L’ortie cardée et tissée donne une fibre si résistante qu’on en faisait des uniformes pour plusieurs armées, comme celle de Napoléon et des allemands durant la première guerre mondiale. Depuis des siècles, les artisanes teignaient en jaune doré virant vers le kaki, la laine, le lin et pourquoi pas l’étoffe d’ortie ?

 

Chlorophylle

Plutôt que la luzerne employée en Amérique du Nord, en Europe elle est cultivée commercialement pour sa chlorophylle qu’on retrouve dans divers aliments sous le code E 140 .

 

Fourrage enrichi

Une fois séchée, elle enrichit la plupart des foins d'été en minéraux et en protéines ; elle aide les bovins comme les chevaux à conserver des os solides et un pelage sain et brillant.

 

Purin d’ortie, un fertilisant inégalé

En agriculture biologique, on connaît et utilise depuis des siècles le purin d’ortie.  Pour le fabriquer, on fait  une macération d’un kilogramme d’ortie fraîche par dix litres d’eau de pluie, conservée près d’une semaine en baril au jardin avant de l’intégrer  à la terre au pied des plantes. C’est un phyto-immuno–stimulant reconnu particulièrement bénéfique dans les terres calcaires et pour les légumes-feuilles et racines. De plus c’est un fongicide et « prébiotique » naturel pour les plantes. L’ortie est une plante compagne rêvée pour les lamiacées aromatiques comme l’origan ou le thym dont elle augmente la teneur en huiles essentielles.

 

Seul bémol : l’intense puanteur dans les parages du baril fermenté.

En France, l’immense auteur et herboriste Bernard Bertrand, est le porte-étendard d’une campagne de défense appelée  la « guerre de l’ortie ». C'est devenu un symbole de la tradition agricole diversifiée contre l’hégémonie de l’agro-industrie pétrochimique et l’aveuglement  bureaucratique à courte vue. (Voir son site ci-bas)

 

Anecdote 

Durant les trop nombreuses guerres européennes, l’ortie constituait un aliment de survie qui a sauvé bien des enfants de l’anémie, comme me l’a confirmé de sa bouche, ma propre grande tante Louise née en 1887, et qui avait subi trois guerres!

Par ailleurs, il est écrit que Milarepa, le sage ascète tibétain dont ce fut un temps le seul aliment, lui devait son teint vert phosphorescent!

 


Références 

 

Des dizaines d’infos et liens fascinants sur l’ortie :

www.urticamania.over-blog.com

 

Site du formidable Bernard Bertrand, grand défenseur de l’ortie et des plantes sauvages en général, y compris la référence de deux livres consacrés à notre verte amie commune.

www.terran.fr

 

STINGING NETTLE by Kassie Vance

www.herballegacy.com.

 

Greeves, Mrs Maud  A modern herbal Dorset Press New York USA 1992, 912 pages

 

 

 

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Published by ISISRET - dans Phytothérapie
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commentaires

Suzanne dupont 08/10/2014 13:57

Ou peut-on acheter de l'ortie au Québec de l'ortie pour faire a manger

Administrateur 08/10/2014 21:22

Je n'en ai aucune idée. Je vis en région parisienne. Ceci dit, si c'est pour manger, le mieux serait de la récolter vous-même...au printemps prochain, dans un lieu non pollué.

benotmane 26/02/2014 17:30

Merci infiniment pour tous ces conseils et bonne continuation

André MARINI 20/01/2014 12:17

Excellent article particulièrement bien documenté mais accessible qui contribue à réhabiliter un végétal dont on ignore très souvent les vertus.
Merci

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